
Face aux intempéries de la fin du mois de novembre, le Maroc a prouvé qu’il souffre d’un manque de stratégie, si ce n’est pas d’une absence, afin de faire face aux cas d’urgence.La vie commence petit à petit à reprendre son cours normal, surtout dans les régions qui étaient «moyennement» touchées. Même le temps est plus clement. Il fait beau, au grand plaisir de tous. «Après la pluie torrentielle du mardi « noir », j’ai cru que je ne reverrai plus le soleil pour un long moment. En tout cas, cela me fait plaisir. Vivement que cela dure», lance Mehdi, un jeune du quartier Bourgogne de Casablanca. Sa mère est plus inquiète. «Pour moi, ce beau temps est un mauvais signe. Je suis persuadée qu’un méchant orage ne va pas tarder à éclater. Je suis terrifiée à l’idée de vivre la même chose qu’il y a deux semaines, surtout que je suis sûre que rien n’a été prévu pour faire face à ce genre de situation», affirme-t-elle.Tout comme la maman de Mehdi, ! la plupart des citoyens ont peur de revivre le scénario du mardi 30 novembre. Et pour cause: ils sont conscients que notre pays n’a pas d’armes efficaces pour faire face à ce genre de situation. En effet, encore une fois, le Maroc a été dépassé par les événements, il a prouvé qu’il est toujours très vulnérable face à ce genre de catastrophes. Il n’y a presque rien de concret mis en place pour prévenir des phénomènes de cette ampleur.Certes, 178 mm de pluie équivaut à la moitié du total annuel habituel des précipitations et à deux fois le volume enregistré lors de la précédente crise en 1996, mais ce n’est pas une quantité de pluie qui devrait faire tous ces dégâts. Encore moins quand on sait qu’une étude de la Météorologie nationale a démontré que le Maroc est concerné par les changements climatiques. «Certes, les chercheurs météorologues et climatologues ne sont toujours pas d’accord sur la cause! , mais les changements climatiques sont bel et bien là.Il s’ag! it de longues vagues de chaleur persistantes, de longues vagues de froid inattendues, des intempéries, des cyclones? Il y a quelques années, nous parlions de sécheresse structurelle alors que nous sommes maintenant face à des pluies torrentielles», indique Mohamed Bellouchi, responsable chargé de la communication à la Direction de la météorologie nationale. Face à de telles données, les responsables devraient être mobilisés afin d’éviter le drame. Mais apparemment, ces responsables étaient aux abonnés absents, démontrant que notre pays manque malheureusement de la culture des préventions.Suite à la catastrophe, plusieurs voix sont montés au créneau. Pour eux, du moins à Casablanca, le coupable était tout indiqué: Lydec, la société distributrice d’eau et d’électricité de Casablanca. Manque d’entretien du réseau, infrastructure inadaptée, laxisme… la liste des « chefs d’accusations » est longue. Pour Lydec, « le réseau d’assainissement de Casablanca est conçu pour évacuer une ! pluie d’une intensité de 20 mm/h. Or, le cumul des pluies exceptionnelles du 29-30 novembre ont dépassé les 200 mm. Les installations n’ont pas pu absorber un volume aussi énorme » !!!Les bouches des égouts, qui étaient censées évacuer normalement l’eau de la pluie, étaient saturées.Les canalisations, n’étant pas assez grandes, se sont bloquées. Encore une fois, Lydec se trouve l’alibi de la forte pluie. « La configuration des canalisations d’eaux pluviales dans n’importe quelle métropole au monde est effectuée sur la base d’une pluie à fréquence de retour décennale, et ce conformément aux normes internationales. Dans certaines villes, la fréquence retenue est même de 5 ans. Les responsables de Lydec ne sont-ils pas tenus de prendre en considération les effets des changements climatiques, dont tous les experts parlent ?S’agissant de la coupure d’électricité qui a duré plus de cinq jours dans certains quartiers, Lydec explique que ses équipes ainsi que les entreprises prestat! aires ont été mobilisées pour intervenir sur les postes inondés parce q! ue situés en sous sol et rétablir le courant.Ces ouvrages étant reliés en boucle, il était parfois difficile de remettre en service un poste sans impacter les autres. Les équipes devaient aussi attendre la fin des opérations de pompage et laisser sécher les installations électriques, avant de procéder aux réparations. « La remise en service suit une procédure stricte et progressive afin d’éviter tout risque majeur sur le réseau électrique dans son ensemble. Le réseau électrique de Casablanca, Aïn Harrouda et Mohammédia comporte 4.597 postes de distribution dont 153 postes privés sont en sous-sol », souligne Lydec, sans oublier de dégainer le fameux alibi : « La grande majorité date d’avant l’arrivée de Lydec.Il est difficile de repositionner ces postes en surface en raison de l’absence de l’espace nécessaire (16 m2 par poste) ».Lydec n’a pas fait que dans la défensive. Pour elle, malgré l’intensité des pluies, les dégâts auraient pu être limités si certaines règles d’urbanisme ! avaient été respectées. «Certains facteurs contribuent à l’existence et/ou à l’aggravation des dommages. A noter, la construction dans des zones inondables, les aménagements de trottoirs devant les rampes d’accès aux sous sols afin de ne plus permettre la pénétration des eaux de ruissellement de la chaussée vers les sous-sols, les défauts d’étanchéité des sous-sols et l’absence de dispositifs type clapets anti-retour dans les constructions dotées de caves».Les dégâts auraient pu être limités avec un peu plus d’efforts en matière de communication. «Si nous avions été prévenus à temps, je crois que les dégâts auraient été moins graves.Les responsables devaient insister en utilisant tous les canaux de communication disponibles. Ils auraient annoncé à la radio et à la télévision que la situation est compliquée dire à la radio et à la télévision que la situation est compliquée, que les routes sont impraticables et qu’il vaudrait mieux rester chez soi et ne sortir qu’en cas d’urg! ence», s’accordent à dire plusieurs citoyens. De cette façon, plusieurs! casablancais, qui pouvaient rester chez eux l’auraient fait. Idem pour les écoliers et les étudiants. Plusieurs d’entre eux ont souffert le martyr avant d’arriver à des écoles fermées.
Source : http://societe.marocnews.tk/2010/12/le-maroc-sans-arme.html