Le 28 juin 1993, le directeur de la Société anonyme de gestion des eaux de Paris (SAGEP), décrivait lors d’un Conseil d’administration les activités de la SAGEP en Russie. La lecture de ce document historique explique à elle seule pourquoi une coalition aussi improbable que contre nature conspire en 2016, afin d’effacer la décision courageuse arrêtée par Bertrand Delanoë et sa majorité en 2010, et de reprivatiser à nouveau l’eau à Paris.
En 1985, Jacques Chirac, maire de Paris, cédant aux invites de Jêrôme Monod (décédé en 2016), alors président de Lyonnaise des eaux, mais aussi ex-secrétaire général du RPR, privatisait successivement la distribution, puis la production de l’eau à Paris.
Côté distribution, elle était confiée pour vingt-cinq ans, rive droite, à la Générale des eaux, qui deviendra Veolia, rive gauche à la Lyonnaise des eaux, aujourd’hui filiale de Suez.
Puis, en 1987, la production était confiée à une société d’économie mixte, la SAGEP, dont la Générale des eaux et la Lyonnaise des eaux détenaient chacune 14% du capital, le reste étant détenu par la Ville de Paris.
En 2008, Bertrand Delanoë décide le rachat de la participation des deux multinationales dans le capital de la SAGEP. Reprises temporairement par la Caisse des dépôts et consignations, ces participations sont ensuite rachetées par Paris : la production de l’eau y redevient publique.
En décembre 2010, le Conseil de Paris décide ensuite de republiciser la distribution de l’eau, affermée à Veolia et Suez. Avec la reprise de la distribution en gestion publique, la régie Eau de Paris était devenue l’opérateur unique de la production et de la distribution de l’eau dans la capitale.
Les actions de la SAGEP en Russie
Interrogé lors du Conseil d’administration du 28 avril 1993, Georges Mercadal, son directeur, s’exprimait sur les actions de la SAGEP en Russie, comme le rapportait le compte-rendu de la séance (page 14) :
“ (…) Par ailleurs la SAGEP a développé une activité de conseil pour la privatisation de la distribution de l’eau à Moscou, cette action a donné lieu à l’établissement d’un rapport. Les propositions de la SAGEP pour l’eau de Moscou s’inspirent du système mis en place à Paris. Ainsi, il est prévu de créer une société municipale qui, par la suite, passera un contrat avec une société privée. L’expérience sera d’abord menée sur un quartier pilote de Moscou.
La société de distribution d’eau potable s’occupera aussi du réseau d’eaux usées et du réseau d’eau chaude. Si l’expérience menée sur le réseau pilote est positive, et si elle doit être étendue à l’ensemble de Moscou, dans ce cas la SAGEP devra être payée pour ses conseils.
La Banque Mondiale est intéressée par ces projets, à moins que les partenaires privés et étrangers également intéressés, décident d’apporter seuls le financement des projets.
D’autres interventions de la SAGEP pourraient se développer, à Riga par exemple.
Dans les pays du Maghreb les actions de la Sagep se développent en Algérie et au Maroc.
Les actions à l’étranger de la Sagep se développent sur deux fronts : d’une part conseils et prestations en exploitation et gestion, d’autre part conseils en organisation (décentralisation et privatisation) nécessitant une mise de fonds préalable et vraisemblablement un appel aux organismes internationaux.
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