
Article écrit par : Ariane Salem
La colère qui a envahi la rue tangéroise au mois d’octobre, laquelle a appelé au départ d’Amendis, est le dernier épisode d’un conflit latent entre le délégataire de services publics, le gouvernement et la population autour d’un contrat de gestion déléguée dépassé et inadapté.
« Amendis, dégage! »: c’est un peu le sifflement de la cocotte laissée trop longtemps sur le feu.
Les Tangérois ont rappelé aux autorités, au cours de ce mois d’octobre, les revendications qui étaient déjà les leurs lors des manifestations de 2011.
Un contrat déséquilibré, des prestations non livrées, des tarifs trop élevés… Les reproches adressés par les clients privés d’Amendis sont également formulés par l’autorité délégante, le Conseil de la ville de Tanger, mais aussi Tétouan, Rabat, Salé et Témara.
Pour comprendre comment ce conflit latent a pu se cristalliser aussi spectaculairement pendant le mois d’octobre, avec des manifestations-monstre dans les rues de Tanger, il faut revenir sur plusieurs épisodes de ces 5 dernières années, lors desquelles le départ de Véolia environnement du Maroc, qui détient les filiales Amendis et Redal, a failli se produire.
Veolia environnement détient la gestion déléguée, à Rabat, Salé, Tanger et Tétouan, des services publics relevant des collectivités territoriales de distribution d’eau et d’électricité.
S’ajoutent à cela l’assainissement liquide, le transport urbain et la propreté. Jusqu’en décembre 2007, l’ONA et la Somed (filiale de la SNI) étaient au capital d’Amendis à hauteur de 16% et 33% respectivement, jusqu’à la cession totale de leurs parts à Veolia.
Le contrat de la Redal pour la concession de Rabat-Salé a été conclu en 1999 pour 30 ans. Les contrats d’Amendis-Tanger et Amendis-Tétouan ont été conclus en 2002 pour 30 ans. Les contrats n’ont pas été renégociés depuis. Amendis dessert 1,6 million d’habitants. Redal dessert plus de 2 millions d’habitants.
Le programme d’investissement prévu dans le contrat multi-service d’Amendis est de 3.630 MDH. Celui de la Redal est de 13.744 MDH. En 2002, Veolia a obtenu d’un groupement de banques marocaines, un financement de long terme de 940 MDH pour Amendis et de 2,2 MMDH pour la Redal.
Acte 1: 2011, la tension monte entre la mairie de Tanger et Amendis
En 2010, un conflit éclate entre la mairie de Tanger et le gestionnaire. Le maire pamiste à l’époque, Samir Abdelmoula, refuse de payer des factures que présente Amendis à la commune pour 70 millions de DH en frais d’éclairage et arrosages publics. La mairie argue que les périmètres concernés n’existent pas.
La mairie exige de surcroît les pénalités de retard dans la réalisation de son programme d’investissement. Celles-ci s’élèvent à plus de 50 millions de DH pour la seule période 2002-2008 où l’ONA et la Somed étaient au tour de table du concessionnaire. Amendis refuse de payer, accusant l’autorité délégante de ne pas suivre les procédures prévues par le contrat.
Pour l’ancien maire Samir Abdelmoula, qui revient sur cet épisode pour Lakome en mars 2011, l’impunité d’Amendis est permise par la protection dont la société jouit auprès du ministère de l’Intérieur et de ses anciens actionnaires. A l’époque, rien ne doit perturber l’amitié franco-marocaine.
Selon la même source, Tayeb Cherkaoui, ministre de l’Intérieur, n’a alors pas hésité à influencer la mairie pour qu’elle abandonne ses demandes de remboursement. L’ancien directeur de la Somed et ambassadeur marocain à Paris, Mustapha Essahel, a toujours selon la même source, quant à lui fait pression pour que les factures de Véolia soient réglées.
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