par Olivier Petitjean 10 mars 2014
À Jakarta, capitale de l’Indonésie, est actuellement en train de se tenir un procès inhabituel : celui de la privatisation de l’eau. Et aussi, d’une certaine manière, celui de Suez environnement, la multinationale française en charge du service de l’eau dans la moitié Ouest de la ville. Cédant à la pression de ses administrés, le gouverneur de Jakarta, Joko “Jokowi” Widodo, a annoncé l’année dernière son intention de remunicipaliser le service, après seize années de gestion privée. Mais il souhaite le faire à travers une transaction commerciale, en rachetant les parts du groupe français, pour un coût vraisemblablement élevé. Les plaignants – une coalition de syndicalistes et d’opposants à la privatisation – espèrent de leur côté faire annuler purement et simplement le contrat liant Suez à la ville, au motif qu’il ne respecte pas les dispositions de la Constitution indonésienne.
Au cours du procès, un représentant de la Commission indonésienne des droits de l’homme a ainsi estimé que la privatisation de l’eau de Jakarta avait occasionné des « violations des droits humains » [1]. Un autre témoin est revenu sur les conditions de passation du contrat, à la fin de la dictature de Suharto, en violation du droit indonésien et des règles internationales.
Dans le même temps, au Maroc, la Cour des comptes de Casablanca vient de publier un rapport accablant sur la gestion du service de l’eau et de l’électricité de la principale ville du Maroc par la Lydec, filiale de Suez environnement. Les magistrats évoquent une série d’opérations financières douteuses au profit de sociétés parentes, et plus généralement un système biaisé en faveur de la Lydec et de ses actionnaires, au détriment de la collectivité locale et de ses habitants.
La compagnie réitère sa capacité à investir en amont de la croissance urbaine de Casablanca. Un manque de visibilité persiste cependant à propos des hypothèses des schémas directeurs.
Bien avant d’exposer sa conviction, la Lydec fut épinglée par la Cour des comptes, dans son rapport de 2012, particulièrement en ce qui concerne la gestion du Fonds de Travaux -FDT-. Logé à la Trésorerie Générale du Royaume et géré directement par le délégataire, ce FDT, dont la création est intimement liée à celle de la RAD (l’ancienne Régie de distribution), représente un instrument fondamental de financement des investissements. Depuis le démarrage de la gestion déléguée jusqu’à fin 2013, sa contribution cumulée atteint 3,4 milliards DH, pour un volume global d’investissement de l’ordre de 15 milliards DH. Le «flou», qui a jalonné l’historique de ce Fonds, ne pouvait que susciter la curiosité au point de friser les limites de la suspicion. Rien n’est définitivement sûr. Il semble que certains élus de la ville, par intérêt politique, n’hésitent pas à enfoncer le clou, en cultivant la défiance. C’est un peu l’histoire des «chaussettes de Madame la duchesse -qui- sont sales et archi sèches».