
BLOCAGE. Depuis son élection en 2009, le Conseil de la ville est le théâtre de déchirements spectaculaires, de disputes graves et de crises internes.
Jamais Casablanca n’a été aussi mal gérée qu’aujourd’hui. Jeudi 6 juin 2013, lors d’une session ordinaire, les membres du Conseil ont failli carrément en venir aux mains, tellement les échanges étaient vifs entre le maire, Mohamed Sajid, et les élus PJD. L’un de ces derniers, Mustapha El Haya, vice-président du Conseil, avait adressé des critiques acerbes au maire concernant la procédure d’attribution du marché pour la conception et la réalisation de la station de prétraitement des eaux usées de Sidi Bernoussi, d’une capacité de 7 mètres cubes par seconde. Attribuée à l’entreprise Degrémont, filiale du groupe français Suez Environnement, maison mère de Lydec, la station avait été présentée, le mercredi 3 avril 2013, à S.M. le Roi Mohammed VI et au président français, François Hollande, pendant la visite d’Etat de ce dernier au Maroc. Mais ce n’est que deux mois plus tard que Mustapha El Haya relève des vices de fond et des irrégularités flagrantes dans ce marché. Première irrégularité selon M. El Haya : l’offre financière de la société Degrémont (495 millions de dirhams) dépasse de loin le budget alloué à ce projet (400 millions de dirhams). Bien que la commission des marchés ait rejeté l’offre de la société française, Mohamed Sajid a repris les négociations avec cette filiale du groupe Suez, ce qui constitue, aux yeux de nombre d’élus de Casablanca, une autre irrégularité.
Majorité fragile
Mustapha El Haya pointe aussi du doigt le changement de certaines clauses techniques du marché, comme la réduction de la capacité de la station, qui passe à 7 mètres cubes par seconde au lieu des 11 initialement programmés. Certains, dans le Conseil de la ville, n’hésitent pas à critiquer la sortie fracassante de M. El Haya, qui intervient deux mois après l’attribution officielle du marché. «Pourquoi n’a-t-il pas réagi bien avant l’attribution de la station à la société française?», s’interroge Ahmed Kadiri, président de la commune de Mâarif. Réaction immédiate de Mohamed Sajid: il retire à Mustapha El Haya le pouvoir de délégation de signature dont ce dernier jouissait depuis 2009 en tant que vice-président du Conseil. Selon une source interne à la mairie, «Mustapha El Haya avait un large pouvoir de délégation de signature, qui porte sur 70% du budget du Conseil».
Après ce clash, rien ne va plus désormais entre le maire et les élus PJD, qui avaient soutenu Mohamed Sajid pendant son élection controversée, le 22 juin 2009, par 83 voix sur les 147 membres que compte le Conseil. Cette majorité fragile a toujours constitué le talon d’Achille du second mandat de M. Sajid et une source permanente de blocages au niveau de la gestion de Casablanca.
Bref, le Conseil de la ville ne fonctionne plus normalement, miné par des luttes intestines pour le pouvoir, et pour l’argent aussi. Mohamed Sajid se trouve de plus en plus isolé et par conséquent incapable de mener les grands chantiers de la ville qui se trouve paralysée.
Une autre explication de cette situation calamiteuse : la part du budget consacrée à l’investissement n’est que de 5%. Or, ce budget est de 2 milliards de dirhams annuellement. Ce qui signifie que 95% de ce budget sont alloués à la masse salariale (fonctionnaires et élus) et aux autres avantages dont bénéficient les élus (voitures avec chauffeurs, téléphones portables et dotations de carburants)
MAROC HEBDO INTERNATIONAL N° 1029 – Du 14 au 20 juin 2013